Quelle est la place de la personne en EHPAD, en 2021 ?

La vie en EHPAD a été, comme partout, quelque peu bouleversée ces 2 dernières années, face à la situation inédite qu’a connue une grande majorité des pays du monde (seulement 9 pays n’ont pas été touchés par la pandémie). Alors que la situation sanitaire semble se stabiliser, les EHPAD ont dû très rapidement prendre des mesures adaptées pour atténuer le bouleversement de la vie de leurs résidents.
La directrice de l’EHPAD, Les Jardins de Belost, nous explique dans cette interview la place occupée par la personne dans son établissement en 2021.

Qu’est-ce que c’est qu’être une personne en EHPAD ?

Une personne c’est un homme, une femme, de 60 ans et plus, et qui peut, selon la législation, entrer en EHPAD en 2021. Il faut savoir que si cette personne n’a pas 60 ans il faut une dérogation, mais s’est avant tout une personne comme vous et moi qui ne peut plus rester chez elle, pour des raisons diverses: perte d’autonomie, isolement, besoin d’être accompagnée; et qui va devoir entrer dans une structure, un établissement, qui sera désormais sa maison.

Être en EHPAD, est-il différent en 2021 ?

Certainement ! Alors, il y a plusieurs données qui marquent une nette évolution des EHPAD. L’ EHPAD c’est la version moderne des maisons de retraites et avant des hospices. Qu’est-ce qui marque cette forte évolution ? C’est le changement des personnes qui rentrent en EHPAD. Avant les gens entraient souvent parce qu’ils n’avaient pas de solutions. Maintenant ça peut être un choix, un choix réfléchis. Ensuite, l’évolution c’est la modernisation des EHPAD et leur digitalisation. Il y aussi l’obligation de mettre en place un projet personnalisé, centré sur la personne correspondant à sa personnalité et ses besoins. Et l’autre évolution qui aura marqué les EHPAD depuis 2020, c’est l’arrivée du COVID-19. La lutte contre ce virus nous a obligé à repenser les EHPAD en urgence. Trouver des solutions alternatives, mettre en place des procédures qui refermaient les EHPAD et qui n’allaient plus dans le sens d’ouverture dans lequel les EHPAD s’étaient inscrits. Les EHPAD ont du se mettre sous cloche, ont dû limiter leurs entrées et leurs sorties, tout ceci pour permettre de protéger les personnes qui vivent dans les structures, dans les établissements. Et cela marque un tournant : il est clair que nous pouvons être touchés par de prochaines vagues, ou d’autres types de virus (même si ce n’est pas la COVID-19) et que par conséquent nous devons porter une réflexion à la définition de nouvelles organisations, l’importance des moyens humains (leur bientraitance), les moyens matériels, une vision éthique également pour ne plus vivre ces épisodes dans l’urgence mais en sérénité. Puisqu’avec le recul, la surprotection des résidents n’a pas toujours été bénéfique pour certains.

En effet, en EHPAD, les soignant gravitent forcément autour  des résidents ; mais où situez-vous aujourd’hui la place de famille ? Comment maintenir le lien familial ?

Excellente question ! C’est une dimension primordiale dans un EHPAD. Je vais donner l’exemple de l’EHPAD Les Jardins de Belost. On ne peut pas faire sans les familles ! La famille est le lien. Alors quand je dis famille je vais aussi l’agrandir: la famille, les proches, les voisins, l’entourage. Ceux qui ont gardé un contact, une relation étroite, avec la personne qui va vivre en EHPAD, et qui vont lui apporter l’amour, la joie, le sentiment d’être toujours vivant, de ne pas être oublié ; et cette dimension va au-delà de ce que peuvent apporter les professionnels à l’EHPAD. Ceux-ci vont apporter du soin, de l’accompagnement, de l’animation, de l’attention ; mais aussi de la bienveillance et beaucoup de tendresse, ces professionnels ne vont jamais pouvoir remplacer les liens fort qui ont été tissés pendant toute une vie. J’ai presqu’envie de dire : « ça on ne sait pas faire ! ». C’est-à-dire que nous, nous allons créer des liens, qui sont des liens récents, mais on ne peut pas recréer une histoire de vie, que ses personnes ont tissé avec leurs proches. Ces liens sont les reflets de leur vie : ce sont des sentiments. Ces liens sont une dimension sensorielle et mémorielle, que nous ne pouvons pas recréer à l’EHPAD.

Qu’avez-vous fait pour compenser tous ces changements qui ont été mis en place à l’EHPAD Les Jardins de Belost ?

Dans un premier temps, pour conserver la dimension familiale et relationnelle, on a mis en place une newsletter, un petit journal qui sortait une fois par semaine. Il permettait aux familles, d’être informés de la vie qui continuait à l’EHPAD c’est-à-dire : les activités, les ateliers, mais aussi les petites nouvelles, les réactions des résidents face à la COVID. Car ils ont été touchés, étonnés par les changements dus à la pandémie. Nous voir constamment avec des masques, ne plus pouvoir nous reconnaître, ne plus être touchés… Leurs réactions leurs interrogations ont été transmises aux familles, via le petit journal. Ce fût un vrai bouleversement. Le journal était envoyé par mail et par courrier. Ensuite on est passé à la visio-conférence, à l’aide de tablettes. Et là aussi, étonnement des résidents qui voyaient leur famille à travers un écran, persuadés que la famille était derrière la vitre. Nous voyions bien que ça ne remplaçait pas le lien. On a poursuivi également les appels téléphoniques, pour entendre les voix, pour entendre la chaleur humaine, et ensuite dès qu’on a pu, on a remis en place les visites dans un cadre de procédure bien précise, en limitant les durées, le nombre de personnes et en respectant les gestes barrières. En cas de grandes difficultés du résident face à la perte du lien (risque de syndrome de glissement) un aménagement des visites était proposé à la famille pour équilibrer le manque.

Ensuite, nous avons poursuivi en interne des activités très soutenues. À l’EHPAD Les Jardins de Belost, nous n’avons jamais confiné en chambre l’ensemble des résidents. Le confinement était mis en place uniquement lors d’un cas positif à la Covid-19. Les personnels administratifs se sont retirés de l’EHPAD et ont laissé le champ libre aux personnes vivants à l’EHPAD. Seuls les professionnels de soins avaient le droit de rentrer dans les zones où les résidents circulaient. On a pendant cette période été très imaginatif pour que la vie se poursuive aux Jardins de Belost.


En tant que directrice d’un EHPAD et plus précisément, de l’EHPAD Les Jardins de Belost, comment voyez-vous la fin de l’année 2021 et qu’avez-vous envie pour l’année 2022, pour vos résidents et vos futurs résidents ?

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L’année 2021 va pour moi marquer la fin d’un cycle, parce que même si nous sommes à nouveau impactés par une pandémie, je vais dire que «  nous savons faire, nous avons des réflexes, nous avons mis en place des organisations, nous avons des réflexes ». Moi j’ai envie que cette période soit dernière nous, et qu’on reparte sur des projets. Qu’on fasse avec la COVID, mais que la COVID ne nous limite pas dans le projet de l’établissement, pour les résidents. À mon sens, il est souhaitable que les résidents puissent retrouver la possibilité d’avoir accès au dehors, de manière plus régulière, qu’on puisse déjà reprendre cette vie d’aller à la mer, pour certains qui aiment aller se baigner aux bains de Dolé, pour ceux qui avait l’habitude d’aller faire leurs courses une fois par semaine, qu’on puisse leur redonner accès à l’extérieur, tout simplement retrouver une vie normale. Et je pense que rien que d’avoir ces possibilités seraient de grandes bouffées d’oxygène. Je ne vais pas dire d’emblée ce que nous ferons; en général, les projets ne viennent pas de nous, les projets sont les fruits des observations des résidents, de leurs besoins, que nous mettons en musique.

Que pourriez-vous dire aux familles qui souhaiteraient placer leurs parents en EHPAD ? En tenant compte de l’impact de cette crise sanitaire.

Placer son parent en EHPAD, il ne faut pas tenir compte de la crise sanitaire. Il faut identifier s’il y a un réel besoin. Est-ce que cette personne est en danger chez elle ? Est-ce que cette personnes à besoin d’accompagnement ? Est-ce que cette personne est en perte d’autonomie ? Est-ce que cette personne à des troubles du comportement tel qu’il ne peut pas rester à domicile ? C’est avant tout, la question qu’il faut se poser en regardant la personne et en se disant « est-ce qu’elle peut toujours rester chez elle ? »

Ensuite la deuxième question est en rapport avec qui elle est. Quel EHPAD vais-je choisir pour elle ? Qu’est-ce que je vais attendre de cet EHPAD ? Je veux que ce soit un EHPAD qui soit dynamique, cocooning, un EHPAD qui sache gérer les troubles du comportement parce que la personne est Alzheimer ?

Les familles doivent visiter les EHPAD et rechercher un lieu qui correspondra au mieux à la personne. Et il faut bien sûr que cette personne donne son avis, quand bien même cette personne ait des troubles. Bien sûr ce n’est pas simple. Quelqu’un qui à déjà une grosse perte d’autonomie, qui a peut-être des troubles du comportement importants, ne sera pas capable de choisir. Mais je pense que si on connait bien la personne, si on a une relation, une histoire, un passé, on doit être capable de se dire : « tient c’est cet EHPAD là, qui lui conviendrait le mieux ». Et ensuite, il ne faut pas perdre le lien, parce que je le redis : « ce n’est pas l’EHPAD qui fait tout ». C’est une mayonnaise qui prend. Oui, il faut du jaune d’œuf, de l’huile, un peu de moutarde, un peu de sel, de l’ail si nécessaire pour relever et du persil si on veut mettre de la couleur, et voilà, c’est un tout. L’EHPAD en tant que structure est là, certes, les professionnels sont présents, formés, mais cette personne qui entre en EHPAD sera d’autant mieux que ces proches vont continuer à garder un lien; et quand je dis lien : «  les visites, les appels, les vidéos, les petits mots, parce qu’on est sur une génération qui avait l’habitude de recevoir des courriers, des cartes, les photos et surtout n’oubliez pas d’amener les enfants. C’est la cerise sur le gâteau ».

Interview de Mme DALICY Carole par Mme BURNER-PARIZE Janesky